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J’ai envie de sortir une tronçonneuse quand on me demande 3 qualités et 3 défauts





Comment réagir face à la plus insupportable des questions ? La réponse de Benjamin Fabre, auteur de la chronique #FYI (for your information).


Description de la situation :

- Et maintenant, pourriez-vous me citer trois qualités et trois défauts qui vous caractérisent ?

Vous pensiez qu’elle avait disparu. Qu’elle était tombée dans les limbes. Qu’à force de l’avoir posée pendant des décennies, les recruteurs avaient fini par se mettre d’accord, via un traité commun ou un genre d’armistice, pour que cette satanée question soit enfin jetée aux marécages. Mais non. Il se confirme, à en croire le sourire frétillant du DRH assis en face de vous, qu’elle leur procure un plaisir toujours aussi parfait.

- Eh bien, répondez-vous, vous feriez mieux de demander à ma mère. Des qualités, j’en ai, mais ça m’embête de me restreindre à trois... Impossible de choisir. Et puis, si je me mets à les décrire à l’oral, vous allez avoir des complexes. Des défauts ? Un peu, que j’ai des défauts. Par exemple, je n’aime pas trop me réveiller le matin. C’est à cause des caisses que je me mets tous les soirs. Et puis, j’ai horreur de travailler en équipe. Quelle connerie, le travail en équipe. Rien de tel qu’un bon projet en silo pour faire avancer une entreprise. On ne vous a jamais dit que vous ressembliez à une grenouille ?

Bien sûr que cette réponse est tentante. Depuis le temps, c’est la seule qu’ils mériteraient d’entendre. Mais hélas, on a rarement vu quelqu’un se mettre un recruteur dans la proche en lui disant qu’il avait un visage de batracien.

Les clés pour s’en sortir

Faites-vous une raison. Au 23ème siècle après Jésus Christ, les humains auront beau être capables de se télé-transporter (sans doute via Facebook), avoir des chiens électroniques et des poumons en fibres de carbone, les spécialistes du recrutement continueront de poser la question des trois défauts et des trois qualités. Il y a des calamités auxquelles il faut savoir se résoudre. Alors, gardez votre calme et adoptez le programme suivant :

1.Tomber des nues

Au moment où la question tombe, cachez soigneusement votre exaspération. Faites « euuuh » en remplissant vos yeux d’une sorte de pétillement extatique, comme si on venait de vous poser la colle la plus étonnante de votre vie. « Je suis fortiche », va se dire le recruteur.

2.Lui donner ses croquettes

Ensuite, servez-lui la nourriture qu’il attend. Les coaches en recrutement racontent toujours que pour réussir un entretien, le plus important est « d’être soi-même ». Pfff… Quelle crétinerie. Si les gens étaient eux-mêmes en entretien d’embauche, le boss de Saint-Gobain serait encore occupé à embaucher son premier miroitier (Colbert, 1665). Ne vous laissez pas enfumer. Sous leurs dehors de psys sympathiques, les DRH ne sont rien moins que des geeks : ils adorent cocher des cases. Toute la stratégie consiste donc à leur dire, en fonction du job auquel vous postulez, exactement ce qu’ils ont envie d’entendre :

Qualités attendues par le recruteur

Commercial :
Rigueur
Relationnel
Ténacité

Chef de produit :
Rigueur
Relationnel
Créativité

Ingénieur S.I. :
Rigueur
Relationnel
Stabilité

Consultant :
Rigueur
Relationnel
Volubilité

Contrôleur de gestion :
Rigueur
Relationnel
Haine du risque


Contrôleur interne :
Rigueur
Relationnel
Incorruptibilité

3.Mettre du poivre dans ses croquettes

Attention ! Ne plaquez pas dans votre discours les termes lénifiants contenus dans ce tableau. Choisissez, pour chaque colonne, un mot qui veut dire la même chose mais sous une forme incarnée. Par exemple, pour dire que vous avez un « bon relationnel », dites que vous êtes « chaleureux » ou bien que vous « adorez vos clients ». Le recruteur aura l’impression d’entendre un discours nouveau, original, tout en ayant, de manière inconsciente, la satisfaction de cocher ses petites cases.

4.Expédier les défauts

Il ne vous reste plus que les défauts : balancez-les coup sur coup, sans hésitation, pour éviter que l’affaire traîne en longueur. Dosage recommandé : un neutre (« ambitieux », « impatient »...), un qui accroche (« insoumis », « indépendant »…) et un pour rigoler (« mauvais cuisinier », « peur des chiens »…). Le recruteur ne creusera que le deuxième : servez-lui une histoire « sincère » (c’est-à-dire fausse, évidemment), avec une petite larme à l’œil, en lui disant combien vous avez conscience des progrès que vous avez à faire dans ce domaine. Ravi d’avoir décelé une encoche dans votre armure, le recruteur va être définitivement convaincu de son authenticité. Vous venez de vous faire un nouvel allié.


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